Le tour de France en Peugeot 104 : Marseille

Le principe : un éditeur de littérature nomade fait une tournée de diffusion pour présenter les livres de sa maison d’édition aux librairies. Une 104 peugeot trente ans d’âge pour destrier, il traverse la France comme un croisé. Son blason est un tilde (sorte de moustache typographique).

Premiers jours de tournée : il fait 30 degrés dans le sud, mais pas le temps de s’étourdir de la sensualité de l’air. Pourtant je suis « bloqué » à Marseille : la 104 fait des siennes depuis mon départ. Faut dire que tout le monde s’est extasié : oh, la belle voiture ! — vous, si jeune, avec une si vieille (l’ambiguïté me laisse deux secondes rêveur sur une éventuelle et improbable carrière de gigolo) — elle me fait penser à celle de mon père ! — ah bon, vous faites un tour de France avec ? Tout ça m’attire beaucoup de sympathie de la part des autochtones, un peu comme si je voyageais en diligence, qu’on mettait huit jours à traverser la France (c’est vrai, je vais mettre plus longtemps que ça) et que les bois à l’entour étaient pleins de loups et de manants. À force de pousser le folklore, ces passants bon public m’ont porté la poisse. Ça, c’est pour la version pittoresque. La vérité, c’est qu’à l’occasion il faudra que j’engueule José Perez, du garage des Pentes, qui est fiable mais un peu trop distrait.

La tournée à commencé par les librairies de La plaine, à Marseille. Pour la plupart, un excellent accueil. L’histoire de l’œil, Le lièvre de Mars, l’odeur du temps s’engagent sur les nouveautés de la rentrée. Parfois même quelques ouvrages du fond. Dans le train TER (SNCF devient sponsor du Tilde, le temps que Peugeot retape mon tracteur) qui m’amène à La Ciotat, des dizaines de petites Anglaises et de petits Allemands qui traînent des valises plus grosses qu’eux. On dirait de petits angelots. Un mélange d’esprit scout avec Jeux interdits. Je m’attendais à voir une friche, des entrepôts, voire des wagons rouillés et des épaves de bateaux, mais il n’y a que les grues à La Ciotat, et un ersatz de chantier naval. Nettement moins pittoresque qu’à Gdansk, en 80. Ou même qu’en 2005. Là, je le sais, j’y étais.

En attendant je lis sur les murs de Marseille des slogans qui proclament le nouvel ordre mondial, tel que le définit Mario Bellatin dans son nouvel opus, Sur les plages de Montauk les mouches pullulent : « les nouveaux codes de conduite que l’on se doit d’établir envers les animaux ». Un livre où des oiseaux de proie s’émeuvent après que leur esclave se soit enfui sans laisser de traces, dans une projection surréaliste basée sur la vie et l’œuvre de l’écrivain tchèque Bohumil Hrabal.

Pour mes distractions du soir, des affiches sulfureuses vantent de tentants spectacles aux accents populaires : Un cacou et une cagole en plein dialogue. Je sais enfin comment écrire ces deux mots qui n’existaient pour moi que dans l’oralité. Des neotroubadours.

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